Conteur,
maître des proverbes et de paraboles auréolés
d'énigmes, Yoh Baïlly est l'un des rares artistes ivoiriens
à pouvoir négocier en douceur son entrée sur
la scène de la chanson moderne. Chanter est-il autre chose
qu'exprimer la richesse de sa culture à travers les schémas
biens définis d'une langue ? La langue est l'âme d'une
culture. D'où l'importance de la langue aux yeux de BETA.
Or il remarque que la langue Bété se pervertit au
contact des langues occidentales. Aussi recommande-t-il de revenir
à la langue originelle du Bété pour pouvoir
exprimer sa culture.
Cette
langue c'est le Baïssadé (la manière de parler
de Baï). On ne parlait pas de création, car la langue
existait déjà. Il n'a fait que réhabiliter.
La nouveauté, c'est le changement d'intonation dans la nouvelle
façon de parler qui s'apparente quelque quelque peu avec
l'accent anglophone. C'est l'accent par exemple du GOU-GLA, de
SOKOURA DÊDÊ, de Dopé, du Dowré, etc.
C'est cette expression qui sert de base à des compositions
musicales. Toutes fois, l'enigmacité de ses textes n'altère
pas leur valeur esthétique. BETA privilégie la mélodie
dans ses œuvres musicales. Car seul le message artistique
s'impose à tous, au-delà de nos différences
idéologiques, politiques et raciales : c'est le message
de beauté.
Néanmoins
pour mieux vulgariser le baïssadé il va lui trouver
un alphabet et une structure sémantique. Ayant effectué des
voyages à travers l'Afrique, il peut voir dans la Baïssadé le
creuset de l'unité et de la dynamique culturelle africaine.
Avantagé par cette connaissance profonde du Bété et
de l'intérêt manifeste qu'il accorde aux autres langues
africaines, BETA passe très rapidement pour un polyglotte
et s'inspire de toutes les mœurs et coutumes pour composer.
Son premier album "La Paix" sorti
en 1991 fut fort sympathique. Désormais les mélomanes
le portent dans leur cœur pour un repli stratégique
afin de mieux amorcer la suite de sa carrière. Pour des
raisons professionnelles, le fils de feu Koré Yoh Jean et
de Boguhé
Logbo Yvonne se rend au Burkina pour se mettre en contact avec
d'autres civilisations. Après quelques années de
son exil volontaire, le percusseur du Baïssadé revient
pour la réalisation d'un album coloré. Grâce à un
esprit communicatif, l'artiste apprend facilement le Moré,
la langue majoritaire du Burkina Faso dans laquelle il prophétise
avec une aisance assurée.
L'album "Esprit
musique" l'a propulsé cette fois
sur la scène internationale et sous régionale.
Il est classé parmi les meilleurs albums de l'année
1996. Le Burkina Faso devient le pays de prédilection
pendant ses moments de concentrations musicales. Cette année
il a récidivé et est revenu au pays pour l'enregistrement
de l'album "RAMDE". Il
est convaincu que cet album sera le lien d'un véritable
envol.
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