Charly pro fête est un artiste qui croit en l’Afrique.Normal
dirait-on : on n’ est pas reggaeaman pour rien. En tout cas
c’est un garçon plein d’énergie et de
convictions qui est venu jusqu’à nous. Ensemble nous
avons passé en revue l’actualité
musicale qui est la sienne actuellement, avec la sortie de son
album intitulé
« Le jeune aventurier ».
Libérateur : Charly profête qu’est ce
que cela donne sur le plan musical, en terme de genre ?
Charly pro fête : mon genre musical c’est l’afro
reggae. C’est un reggae qui intègre la culture musicale
africaine. La particularité de notre reggae, c’est
qu’on essaie de remplacer notre guitare basse par un n’goni.
Et la guitare solo par une kora.
Pourquoi cette exigence de sonorité ?
Oui un peu particulière. J’ai beaucoup aimé la
littérature. J’ai pu lire beaucoup d’ouvrages
de mon Afrique. Remarquez aujourd’hui les gens aiment le
rétro. Ecoutez les rythmes d’avant, il y avait une
belle orchestration. Aujourd’hui, tout est modernisé.
Mais on peut le faire.
Au fait, revenons à l’explication de l’orthographe
de Charly-pro fête. Pourquoi cela ?
Charly pro fête c’est un nom que m’a donné quelqu’un
qui chantait très bien. C’est un ami qui revenait
du Nigéria, qui m’a connu en Côte d’Ivoire
lorsque j’y étais. C’est lui qui m’a donné le
nom de charly pro fête. Parce qu’à
tout moment, lorsque j’arrivais quelque part où se
trouvaient mes amis, ma bande, tout le monde devenait gai.
Charly pro fête qui fait dans l’afro reggae
se sent-il révolté comme certains de ses collègues
?
D’abord le premier message de Charly pro fête c’est
d’enseigner la fête, l’amour du prochain, la
joie. Mais rebelle parce que je suis contre tout ce qui est fait
sciemment. Parce que dans ce monde on a l’impression que
chacun vit à sa manière, veut être le mieux à l’aise
possible. Et tant pis pour ceux qui crèvent. Ah non ! On
doit en parler. Parce qu’ici en Afrique, on a le sens du
respect, de l’amour, de l’humilité. Alors je
proteste franchement dans cet album.
Qu’est ce qui te fait le plus de mal dans cette situation
que tu décris ?
Je vous donne un exemple : si dans une maison les enfants s’apercevaient
que leur père les nourrissait grâce à quelqu’un
d’autre, cet autre devient immédiatement le père
de famille. Alors ce qui fait le plus de mal dans cette Afrique,
ce qui m’a poussé à vouloir m’exprimer,
c’est de savoir que l’Afrique tend trop la main alors
qu’elle a tout à sa disposition. Voyez vous en Europe
par exemple, les gens vous diront que les plus beaux mets sont
faits à base de produits venants de l’Afrique. Et
pourtant l’Afrique ne mange pas à sa faim.
Depuis Bob Marley, on a chanté cette Afrique qui
n’arrive pas à se faire. N’y a-t-il pas
là comme un aveu d’échec de votre part
?
Charly pro fête c’est le pro des fêtes ! voyez
on peut ruser pour faire croire aux Africains, surtout aux jeunes
qui sont l’espoir de demain, qu’ils peuvent changer
la situation.
Charly pro fête, reggae maker et rasta. C’est
comme cela qu’il faut le comprendre ?
Dans le sens rasta bien sur ! j’ai appartenu à la
communauté rasta pour m’initier. Bien entendu c’est
un peu absurde de faire du reggae, de ne point savoir ce que c’est
que le rastafarisme ou les dread locks. Je suis allé, j’ai
expérimenté la chose. Aujourd’hui je préfère
qu’on dise que je suis un artiste chanteur, défenseur
des droits de l’homme.
Tu n’ignore pas également, la mauvaise image
que les gens se font des rastas...
La mauvaise image, non ! je ne la vois pas.la mauvaise image que
je vois, c’est celle de ce jeune là qui a presque
le même style que moi, et qui contribue à dégrader
mon image. Pour moi les cheveux c’est dieu qui les donne.
S’ils poussent tant pis.
Tu assumes alors ton engagement d’artiste résolument
contre le système...
Bien sûr. Je suis avec le système qui voudrait
que l’on aime son prochain comme soi même. Et je suis
contre le système qui voudrait que certaines familles sur
terre demeurent riches et que d’autres demeurent pauvres.
Le titre 6 de ton album est intitulé je veux me marier.
Alors Charly est-il marié ?
Cette chanson m’a été inspirée à partir
du cas d’une jeune fille qui pleurnichait parce qu’elle
avait mal. Elle avait 27 ou 28 ans à cette époque.
Et on célébrait le mariage de la fille d’a
côté qui était beaucoup moins âgée
qu’elle. et du coup pour ne pas subir le bonheur de l’autre,
elle a préféré se retirer de l’autre
côté
du mur avec sa vaisselle. Et en lavant les assiettes elle coulait
les larmes. J’ai ressenti cela. Je ne suis pas encore marié !
Hélas. Ce n’est pas pour autant que je suis en train
de vagabonder ! Je canalise plutôt mes forces pour m’accrocher à une
personne que j’aimerais conserver dans ma vie. Ce n’est
pas facile de concilier la vie de famille avec celle d’artiste
engagé. Moi, je me sens comme un travailleur normal et qui
a ensuite sa vie de famille comme un être normal ! je ne
me sens point différent !
Peux-tu nous dire un mot sur l’association Mamakao
et sa présidente Carole LUTTON ?
Mamakao association ça remonte à 3ou 4 années.
Mais ça a été une rencontre fabuleuse. Une
rencontre géniale pour moi. Je suis arrivée à Ouaga
en 2002. J’ai taté le terrain, j’ai fait des
spectacles grâce à mon manager Zerbo Ibrahim (son
manager était à ses côtés lors de l’interview,
ndlr). Il fallait donc se battre malgré les difficultés.
Et un jour une touriste arrive au « roots art café ».
Elle est très intéressée par l’art.
Un soir on fait un jaming, c'est-à-dire que nous faisons
des interprétations, elle me remarque puis m’approche
à la fin. Elle me demande mes ambitions. Sur ce on échange
et on devient amis. Elle rentre alors en vacances chez elle et
revient deux ans plus tard dans le souci de m’aider. Mamakao
a fait ce que beaucoup font. Mais elle a aussi fait ce que beaucoup
ne font pas. En ce sens elle m’a aidé
à réaliser cet album.
Mamakao et toi êtes sur la même longueur d’onde
? Est-elle prête
à appuyer ta carrière ?
Mamakao a déjà aidé Fred Ka qui est un artiste
rwandais. Le second album qu’ils ont produit c’est
le mien. Mamakao ce n’est pas une association à but
lucratif. Ce sont des gens qui veulent tendre la mais aux autres
pour les aider à s’en sortir. Et grâce à elle
l’album « Le jeune aventurier »
est sorti depuis le 24 octobre 2007 à Rennes en France.
A propos de cet album, pourquoi ce titre « le jeune
aventurier » ?
J’essaie d’attirer l’attention des jeunes africains
sur la question de l’aventure. Beaucoup demeurent chez eux.
Soit qu’ils se plaisent soit qu’ils se complaisent.
Ils préfèrent se résigner. L’Afrique
a de bonnes choses à nous offrir. Il faut donc que les jeunes
ne restent pas cloîtrés chez eux ! Il faut visiter
l’Afrique.
La deuxième idée, c’est de dire à partir
de mon expérience en Côte d’Ivoire que nous
sommes tous des aventuriers. Et qu’il faut cultiver l’amour
et la tolérance.
Tu es resté admiratif d’Alpha Blondy dont tu
te plaisais à interpréter les chansons. Qu’en
est-il aujourd’hui ? as-tu écouté son dernier
album ?
Alpha Blondy m’a inspiré dès les premières
heures de ma musique dans les années 80. Je me rappelle
que pour mon 10ème anniversaire mon père
m’avait offert un bonnet rouge, un jean salopette et une
cassette d’Alpha Blondy, tellement j’en étais
fan. Par rapport à son dernier album…je crois que
le kôrô (grand frère, ndlr) a des problèmes…mais
je pense qu’il faut
éviter que la politique entre dans la musique. Moi ce que
je conserve d’Alpha Blondy, c’est cette image de défenseur
de la liberté.
Que penses-tu de son différend avec Tiken Dja Fakoly
?
Ce différend je l’ai suivi d’assez près.
Et je crois pouvoir dire qu’il faut faire attention à l’argent
et à la femme. Tiken Dja monte tandis qu’Alpha Blondy
stagne un peu ! La différence se trouve peut-être
dans le contexte qui les a vu émerger l’un et l’autre.
L’un a ouvert la voie et l’autre a dû galérer
pour se frayer la sienne.
A quand la scène musicale pour Charly pro fête
?
Nous continuons de travailler. Nous avons des dates mais qui seront
dévoilées le moment venu.
Quel est ton mot de fin ?
L’Afrique a tout ce qu’il faut pour se développer.
Elle n’est pas obligée de tendre la main et de mendier.
Voilà mon message aux jeunes.
ITW : J.S |